Construction 2026 : bâtir plus vite, mieux et humainement dans une décennie en mutation

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Le 8 janvier 2026 Par Richard DesRochers
Entre crises du logement, simplification municipale, relance industrielle et transformation de la main-d’œuvre
 
Le secteur québécois de la construction sort d’un cycle historique qui a profondément redéfini sa trajectoire. Entre 2020 et 2024, les chantiers ont été frappés par une succession de crises qui ont mis à l’épreuve la résilience des entreprises : flambée des coûts des matériaux, ruptures d’approvisionnement, rareté de main-d’œuvre, ralentissement des projets privés et explosion du besoin en logements.
 
Selon la SCHL, les mises en chantier ont reculé de près de 30 % entre 2022 et 2024, un recul qui touche autant Montréal que les régions. Parallèlement, la CCQ confirmait en 2024 un déficit structurel de main-d’œuvre, avec près de 20 000 travailleurs manquants dans l’ensemble des métiers et occupations.
 
Malgré cette tension, l’économie québécoise a résisté. La stabilisation progressive de l’inflation en 2024, suivie d’un ralentissement des taux d’intérêt anticipé en 2026, crée enfin un environnement plus prévisible pour les entrepreneurs. Les municipalités jouent aussi un rôle déterminant : plusieurs villes simplifient désormais leurs processus d’approbation afin d’accélérer les projets résidentiels, une mesure essentielle alors qu’on estime, selon l’ISQ, qu’il faudrait mettre en chantier plus de 100 000 logements supplémentaires pour stabiliser le marché locatif d’ici 2030.
 
En parallèle, les grandes transformations industrielles se multiplient. La filière batterie, l’électrification des transports, les projets miniers en Abitibi et au Nord-du-Québec, sans oublier les nouvelles usines 4.0–5,0, annoncent une décennie où la construction redevient un moteur économique majeur. L’Observatoire canadien du travail numérique note d’ailleurs que plus de 60 % des entreprises du secteur ont adopté une forme d’automatisation avancée entre 2023 et 2025, qu’il s’agisse de modélisation BIM, de drones d’inspection ou de robots d’atelier.
 
L’année 2026 marque une rupture importante : on passe de la réaction à la projection. Après cinq ans de turbulences, le secteur entre dans un cycle plus stable, plus technologique et plus humain. Cet article propose de comprendre d’où vient le secteur, où il se situe réellement en 2026 et comment il peut bâtir autrement jusqu’en 2030.

2020–2024 : les années de rupture qui ont fragilisé le secteur

La période 2020–2024 restera dans l’histoire de la construction comme un enchaînement de perturbations majeures. La pandémie a imposé des arrêts de chantiers, perturbé la logistique mondiale et provoqué une hausse spectaculaire du prix des matériaux : Statistique Canada rapporte que le bois d’œuvre a bondi de plus de 118 % entre 2020 et 2021, tandis que l’acier d’armature a connu des hausses supérieures à 50 % dans certaines régions. Le coût global de construction a augmenté en moyenne de 30 à 40 %, selon l’Association canadienne de la construction.
 
La rareté de main-d’œuvre s’est accentuée : près d’un travailleur sur quatre de la CCQ approche de la retraite. Les entreprises se sont retrouvées à gérer simultanément la pression salariale, les délais imprévisibles et les marges rétrécies.
 
Actions clés
  • Moderniser la planification des matériaux.
  • Sécuriser les approvisionnements régionaux.
  • Accélérer la formation des apprentis.
  • Réviser les modèles de gestion de projet.
Quand les matériaux doublent, c’est la prévisibilité qui s’effondre.

2025 : stabilisation économique et virage municipal vers la simplification

En 2025, un changement de ton s’installe. L’inflation se stabilise sous les 3 %, et plusieurs villes québécoises — Montréal, Québec, Gatineau, Longueuil — amorcent des réformes pour accélérer l’approbation des projets résidentiels. L’UMQ confirme que plus de 200 municipalités ont adopté de nouvelles procédures pour réduire les délais d’émission de permis.
 
Cette simplification administrative devient un outil essentiel pour répondre à la crise du logement et relancer les mises en chantier.
Parallèlement, la stabilisation économique encourage les promoteurs à relancer les projets suspendus depuis 2022–2023. Les coûts cessent leur escalade rapide et les équipes retrouvent une meilleure prévisibilité.
 
Actions clés
  • Collaborer plus tôt avec les municipalités.
  • Optimiser la préparation des dossiers techniques.
  • Intégrer les solutions BIM pour réduire les erreurs.
  • Prévoir les exigences environnementales dès le départ.
Quand la ville simplifie, tout le chantier respire.

2026 : relance des grands chantiers industriels et miniers

L’année 2026 marque une reprise vigoureuse pour les projets industriels et miniers. Le Québec mise sur la filière batterie, l’électrification des transports et la transformation locale des minéraux critiques. En Abitibi, au Nord-du-Québec et sur la Côte-Nord, plusieurs projets miniers entrent en phase d’expansion, soutenus par des investissements pour la transformation du lithium, du graphite et du nickel. Ce mouvement crée une demande accrue pour des métiers spécialisés : ferblantiers, mécaniciens industriels, électriciens, opérateurs d’équipement lourd.
 
Les nouvelles usines 4.0–5,0, souvent associées aux technologies propres et à la robotisation, représentent également une part importante de la relance. Ces projets nécessitent des équipes multidisciplinaires, des ingénieurs aux ouvriers spécialisés.
 
Actions clés
  • Recruter activement dans les régions.
  • Favoriser la mobilité des travailleurs.
  • Accélérer la formation en milieu industriel.
  • Développer des partenariats chantiers–usines–mines.
L’industrie recommence à bâtir le Québec… et elle a besoin de bras et de cerveaux.

2026–2030 : une décennie d’IA, d’automatisation et de construction durable

La construction vit une transformation technologique majeure. La robotisation des ateliers, les drones d’inspection, la modélisation BIM 360, l’impression 3D de composantes et l’utilisation de l’IA pour les estimations ou la gestion des risques deviennent des pratiques courantes.
 
Le manufacturier 5.0, qui combine technologie avancée et collaboration homme-machine, commence à s’installer durablement au Québec.
Cette transformation répond aussi aux exigences environnementales : bâtiments carboneutres, optimisation énergétique, béton bas carbone, réduction des déchets. Le secteur devient un acteur clé de la transition écologique.
 
Actions clés
  • Former les équipes aux outils numériques.
  • Investir dans l’automatisation utile.
  • Réduire le gaspillage de matériaux.
  • Intégrer les normes carboneutres dès la conception.
En 2030, un chantier ne pourra progresser qu’à la vitesse de sa connectivité.

La main-d’œuvre : le plus grand chantier de tous

Selon la CCQ, près de 25 % de la main-d’œuvre quittera le secteur d’ici 2033, un défi colossal pour les entreprises. Les besoins sont criants dans presque tous les métiers, particulièrement en électricité, plomberie, charpenterie, soudure et opérateurs d’engins lourds. La formation professionnelle peine à répondre, et l’immigration économique devient une avenue essentielle pour maintenir les capacités opérationnelles.
 
L’attractivité des jeunes et des femmes est un enjeu majeur : moins de 3 % des effectifs de chantier sont féminins, malgré des efforts soutenus. Le secteur doit adapter ses pratiques, moderniser les chantiers et offrir des parcours d’apprentissage flexibles.
 
Actions clés
  • Miser sur l’apprentissage accéléré.
  • Soutenir l’intégration des travailleurs étrangers.
  • Développer des programmes pour attirer les femmes.
  • Réduire les irritants sur les chantiers.
Un chantier avance à la vitesse de son monde, jamais plus vite.

2026–2030 : rebâtir le Québec avec intelligence, rapidité et humanité

Le secteur de la construction aborde 2026 avec une combinaison rare : stabilité économique retrouvée, volonté municipale d’accélérer la construction et relance des grands projets industriels. Cette convergence ouvre une fenêtre stratégique unique pour bâtir plus vite, mieux et de manière plus durable.
 
Les cinq prochaines années seront déterminantes pour répondre à la crise du logement, soutenir la transition énergétique, développer les mines de minéraux critiques et moderniser nos infrastructures publiques. Mais cette croissance dépendra entièrement de la capacité du secteur à attirer, former et retenir la main-d’œuvre nécessaire. La construction ne peut plus reposer sur les mêmes structures qu’en 2010 : les chantiers doivent devenir plus technologiques, plus sécuritaires et plus inclusifs.
 
La décennie 2030 sera marquée par l’IA, les robots, les bâtiments carboneutres, les usines intelligentes et les chaînes d’approvisionnement courtes. Elle exigera des équipes plus qualifiées, des entreprises plus disciplinées et des municipalités encore plus agiles. Le Québec possède un avantage stratégique : énergie propre, ressources minières, expertise technique et une volonté croissante de produire localement.
 
Construire, ce n’est plus seulement ériger des structures : c’est préparer les conditions d’un Québec durable, attractif et résilient. Et pour la première fois depuis plusieurs années, l’horizon est clair. Le chantier de 2030 commence maintenant.

FAQ — Questions fréquentes des employeurs et travailleurs du secteur
 
1. Les villes simplifient-elles vraiment les projets de construction en 2026 ? Oui. Plusieurs municipalités réduisent les délais de permis et simplifient les démarches, notamment pour accélérer les logements.
2. Le manque de main-d’œuvre va-t-il s’améliorer ? Pas à court terme. Les départs à la retraite dépassent les entrées, ce qui rend crucial l’apprentissage et l’immigration qualifiée.
3. Les coûts des matériaux vont-ils redescendre ? Ils se stabilisent, mais ne reviennent pas aux niveaux pré-pandémie. La gestion de projet doit intégrer cette nouvelle réalité.
4. L’IA et l’automatisation vont-elles remplacer des emplois ? Elles transformeront les tâches, mais augmenteront surtout la productivité et la sécurité.
5. Quels secteurs seront les plus porteurs jusqu’en 2030 ? Les mines, les usines de batteries, l’électrification, la construction durable et les infrastructures énergétiques.

Références officielles
  1. Statistique Canada — Indices de prix de la construction 2020–2025
  2. SCHL – Perspectives du logement et mises en chantier 2022–2024
  3. CCQ – Portrait de la main-d’œuvre et projections 2024
  4. UMQ – Réformes municipales en urbanisme et logements 2023–2025
  5. Observatoire du travail numérique — Automatisation et IA dans la construction 2024

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